Le constat est sans détour. Le Sénégal ne raconte pas assez l’histoire de ses héros sportifs, et les jeunes générations risquent d’oublier ceux qui ont tracé la voie. C’est avec cette conviction profonde que Djamil Faye, conseiller en sport du Président de la République, a pris la parole lors de la cérémonie de dédicace du livre consacré à El Hadj Amadou Dia Bâ.

Une intervention forte, où l’hommage chaleureux rendu au seul médaillé olympique de l’histoire du pays s’est très vite transformé en un plaidoyer lucide pour l’avenir de l’athlétisme national.
Un géant souvent méconnu chez lui
Pour Djamil Faye, Dia Bâ n’est pas seulement un nom dans les livres de statistiques. C’est « la plus haute montagne » du sport sénégalais, un monument dont la portée dépasse largement les frontières de la sous-région. Évoquant ses huit années passées en Arabie saoudite, le conseiller présidentiel rappelle combien l’héritage du vice-champion olympique de 1988 y reste vivant. Là-bas, les dirigeants de l’athlétisme local attribuent encore ouvertement leur essor au travail et aux conseils d’Amadou Dia Bâ.
Pourtant, cette reconnaissance internationale contraste parfois avec une certaine incompréhension au niveau local. Bâtisseur infatigable, Dia Bâ s’est battu aux côtés de figures du continent pour structurer le mouvement des Olympiens africains, allant chercher des soutiens partout où c’était possible, avant de transmettre le flambeau avec simplicité. Un parcours d’homme d’État du sport qui mérite, selon Djamil Faye, d’être pleinement célébré et transmis aux jeunes Sénégalais d’aujourd’hui.
Repenser la détection : du sport à l’école aux zones naturelles
Au-delà de l’hommage, la question centrale demeure. Comment susciter de nouvelles vocations et former les Amadou Dia Bâ de demain ?
Pour Djamil Faye, il ne s’agit pas nécessairement de tout casser, mais de remettre à plat la stratégie nationale. L’une des clés réside dans le retour aux fondamentaux, une méthode déjà initiée en son temps par le président Lamine Diack . Réimplanter massivement la pratique athlétique dans les écoles et dans les quartiers.
L’autre levier repose sur une lecture plus audacieuse des morphologies et des territoires. Pourquoi ne pas tenter des reconversions intelligentes, par exemple en orientant la puissance physique de certains lutteurs vers les épreuves de lancer comme le javelot, le poids ou le marteau ?
D’autres nations, comme le Kenya ou le Pakistan, ont su se hisser sur les podiums mondiaux dans des disciplines qu’on ne leur associait pas traditionnellement. Le Sénégal possède également des viviers naturels d’athlètes dans des zones comme la Casamance ou le Sénégal oriental, où le milieu naturel et le potentiel physique restent encore largement sous-exploités.
Le courage de l’introspection
Depuis la médaille d’argent décrochée à Séoul en 1988, le compteur olympique du Sénégal est resté bloqué. Même à l’échelle du continent, les podiums se font rares. Face à ce blocage qui dure depuis plus de trois décennies, Djamil Faye appelle l’ensemble des acteurs et décideurs de l’athlétisme à une réelle séance d’évaluation et d’auto-critique.
Le problème n’est pas une question de talent individuel, mais une affaire d’organisation et de structures. C’est uniquement par ce diagnostic sans complaisance et par la réécriture éclairée de son histoire sportive que le Sénégal pourra réamorcer sa dynamique victorieuse sur les pistes internationales.
Interrogé sur la formule de Mamadou Diagna Ndiaye, qui disait que cet ouvrage permet de « corriger l’histoire, de réparer l’injustice », le conseiller présidentiel y apporte une nuance subtile. Plutôt que de corriger, ce qui peut paraître péjoratif, il préfère parler d’améliorer et de réécrire l’histoire sous un nouveau jour. Surtout, mettre ce parcours en livre est une nécessité absolue à l’heure où les adolescents de quatorze ou quinze ans ne savent même plus qui est El Hadj Amadou Dia Bâ.
Offrir ce livre, c’est redonner aux jeunes les clés de leur propre mémoire pour que la culture sportive sénégalaise ne s’éteigne pas
L’histoire est tracée, il ne reste plus qu’à la faire courir de nouveau.
M.I.S.Niang
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